CONQUES : histoire de l'abbaye


Histoire de l'abbaye

Conques depuis la période romane



Ombres et lumières sur l'abbaye

Pourtant le déclin, entrecoupé certes de quelques brèves périodes de prospérité et de reprise de l'activité artistique, allait commencer dès le XIIème siècle. Le prestige dont jouissaient jusqu'alors les moines bénédictins décline devant la montée de nouveaux ordres religieux : celui des Cisterciens de saint Bernard solidement implantés en Rouergue, ceux des Templiers et des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui captent souvent les donations à leur profit. Au XIVème siècle, le climat s'assombrit beaucoup avec la terrible peste noire de 1348 et, surtout, la guerre de Cent Ans et son cortège de misères. A Conques, pourtant, le pire semble avoir été évité, et le Trésor échappe aux convoitises des routiers. Les moines, selon une pratique courante, achetèrent-ils à prix d'or la «protection» des Grandes Compagnies ?

Les guerres de religions

Par ailleurs, les dures exigences de la règle de saint Benoît étaient de plus en plus mal supportées au monastère. En 1514, un scandale éclate même lorsque l'évêque de Rodez, François d'Estaing, se rend à Conques pour tenter de ramener la discipline parmi les moines. Ceux-ci refusent d'abord de le recevoir puis, le lendemain, n'hésitent pas à molester le prélat qui était en prière devant la statue d'or de sainte Foy. Finalement, en 1537, une bulle du pape affranchira les vingt-neuf moines conquois de la règle bénédictine. La communauté fondée par Dadon, maintenant dissoute, cède la place à un chapitre de chanoines dont le supérieur conserve le titre d'abbé. L'église abbatiale devient collégiale. Mais bientôt, au plus fort des guerres de Religion, les calvinistes s'emparent de Conques. Une charte du roi Charles IX, datée de 1571, précise : «Il fut faict grand pillage, brullerie et saccagement tant de ladite église Sainte-Foy au dit Conques, que des édifices et maisons d'icelle». Si le tympan et le Trésor échappèrent au «saccagement», l'église, elle, faillit bien s'écrouler à la suite de l'éclatement des grandes colonnes du choeur sous l'effet de l'incendie. Pourtant, on répare les dégats, tant bien que mal.



Le trésor caché par les habitants sous la révolution

La Révolution de 1789 supprime le chapitre et disperse les chanoines. Les pièces d'orfèvrerie du Trésor sont alors cachées par les habitants dans leurs maisons ou dans les séchoirs à châtaignes des environs. Et avec le rétablissement de la paix religieuse par Bonaparte, les objets sont scrupuleusement restitués. Les chanoines assuraient à leurs frais l'entretien de leur église. Après leur départ, la municipalité de Conques, faute de moyens financiers suffisants, se contente de déplorer désormais le triste état d'abandon de l'édifice.


Le sauvetage de l'abbatiale par Prosper Mérimée

Menacé d'effondrement par manque d'entretien, l'abbatiale est sauvée «in extremis» à partir de 1837 grâce à l'action énergique du premier inspecteur des Monuments Historiques, l'écrivain Prosper Mérimée. Après l'installation des pères prémontrés à Conques en 1873, un grand programme de restauration est mis en oeuvre. Depuis cent cinquante ans, l'administration des Monuments Historiques a poursuivi sans relâche, en collaboration étroite avec les élus locaux, l'oeuvre de sauvegarde et de mise en valeur de ce patrimoine prestigieux. La foule des touristes a pris la relève de celle des pèlerins sur le parvis de l'église ou autour de la Majesté d'or de Sainte-Foy. Les motivations ne sont plus les mêmes, mais le décor, lui, n'a pas changé.



Textes de Jean-Claude FAU
Editions du Beffroi - Conseil Général de l'Aveyron
Dessins originaux de Jean SEGALAT
Editions Dadon - Mairie de Conques