CONQUES : histoire de l'abbaye


Histoire de l'abbaye

L'âge d'or de l'abbaye



Conques, étape majeure sur le chemin de saint Jacques de Compostelle

A la même époque, vers le Xème siècle, le tombeau de l'apôtre saint Jacques, à Compostelle, commençait à supplanter les autres grands pèlerinages du monde chrétien. La notoriété des miracles de sainte Foy était alors suffisante pour que Conques soit choisie comme ville d'étape sur l'un des quatre grands chemins français, celui qui partait du Puy-en-Velay. Après la traversée redoutée des solitudes de 1'Aubrac, les pèlerins, le plus souvent regroupés en caravanes, atteignaient les paysages plus accueillants des rives du Lot, à Espalion. Depuis Estaing, par les villages de Golinhac, où une croix de pierre porte toujours l'image d'un pèlerin armé de son bourdon, puis d'Espeyrac et de Saint-Marcel, ils arrivaient à Conques au terme d'une marche d'une trentaine de kilomètres. Au départ, deux itinéraires s'offraient à eux pour rejoindre le Quercy et l'abbaye de Moissac. Le plus court franchissait le Dourdou sur le vieux pont vers Aubin. Mais le plus fréquenté passait sous la Porte de la Vinzelle pour se diriger sur Grandvabre et Figeac, au nord-ouest. Les pèlerinages, avec les donations qui se multiplient, apportent à l'abbaye de Sainte-Foy puissance et richesse, conditions de son rayonnement artistique.

Le culte de sainte Foy, jusque-là limité au Rouergue et aux provinces voisines, se diffusa dans toute la Chrétienté, porté par la dévotion des pèlerins et amplifié au début du XIème siècle par une grande ceuvre littéraire, le Livre des Miracles de sainte Foy , rédigé par Bernard, maître de l'école épiscopale d'Angers. Parallèlement, le monastère de Conques qui détenait déjà le pays d'alentour dans un rayon d'une vingtaine de kilomètres et avait aggloméré à son contact une population urbaine importante, ne cessait d'étendre ses possessions en Rouergue et dans tout l'Occident chrétien, de Sainte-Foy de Cavagnolo au Piémont à Horsham en Angleterre, de Sélestat ou même de Bamberg dans le monde germanique jusqu'à la Catalogne et à la Navarre. Au cours de la seconde moitié du XIème siècle, le cartulaire de l'abbaye nous fait assister à la constitution d'un véritable empire monastique, assez puissant pour sauvegarder son indépendance face à l'emprise de Cluny qui s'exerçait alors sur la plupart des grandes abbayes bénédictines, comme Saint-Géraud d'Aurillac ou Saint-Pierre de Moissac. Mieux encore, Conques sut rivaliser d'influence avec Cluny, lors de la Reconquête de 1'Espagne septentrionale sur les musulmans, en fondant des églises ou en donnant des évêques aux nouveaux diocèses d'Aragon et de Navarre.


La construction de l'abbatiale

La grande période de Conques, du milieu du XIème au premier tiers du XIIème siècle, correspond à celle de la construction de l'abbatiale. Sous l'impulsion de l'abbé Bégon III (1087-1107), en particulier, le monastère de Sainte-Foy parvient à son apogée. Tout en poursuivant les travaux commencés par ses prédécesseurs, Odolric (1030-1065) et Étienne II (1065-1087) dans la nouvelle église, il entreprend la reconstruction des bâtiments monastiques et du cloître. L'augmentation du nombre des moines la rendait sans doute indispensable. Conques se transforme alors en un immense chantier. Toujours d'après le cartulaire, l'abbé Bégon «fit placer dans l'or de nombreuses reliques», et quelques-unes des plus belles pièces du Trésor sortirent de son atelier d'orfèvrerie et d'émaillerie. En même temps est attestée l'existence d'une école monastique, avec sa bibliothèque et son atelier de manuscrits.



Textes de Jean-Claude FAU
Editions du Beffroi - Conseil Général de l'Aveyron
Dessins originaux de Jean SEGALAT
Editions Dadon - Mairie de Conques