CONQUES : histoire de l'abbaye


Histoire de l'abbaye

Les origines de l'abbaye



La fondation de l'abbaye par l'ermite Dadon

Conques, tout comme Rocamadour fondé par saint Amadour, doit son origine à un ermite. Sous l'impulsion initiale de saint Martin de Tours et des premiers évangélisateurs de la Gaule, comme saint Amans de Rodez, le christianisme pénétrait lentement dans les campagnes. Un premier édifice de culte fut peut-être construit à l'emplacement qu'allait occuper Conques, dès l'époque mérovingienne. Au centre d'une région isolée, mais relativement peuplée, comme l'attestent de nombreux toponymes d'origine celte ou gallo-romaine, il devait regrouper les chrétiens des alentours avant sa destruction par un raid sarrasin au VIIème siècle.
Par la suite, les rares textes dont nous disposons mentionnent un certain Dadon, ou Datus, qui se serait retiré là pour y vivre en ermite. Datus, abréviation du latin Deodatus (Déodat, en français Dieudonné), est un surnom faisant probablement allusion à la vocation religieuse de «celui qui s'est donné à Dieu». Il est même possible de déterminer l'emplacement de son ermitage : nul doute, en effet, que la fontaine du Plô qui coule maintenant au pied de l'abbatiale en contre-bas de la place, n'ait été l'élément déterminant dans le choix du solitaire.
Pourtant, peu après son installation, selon une charte datée en l'an 819, «un homme plein de piété nommé Medraldus vint se retirer dans le même lieu et vécut avec Dadon. La renommée de leur sainteté se répandit dans les pays voisins. Alors, plusieurs autres, se sentant attirés par la même vie contemplative, résolurent de l'embrasser à leur tour. La troupe pieuse s'accrut peu à peu, et ils élevèrent dans ce lieu une église, dédiée au Saint-Sauveur». Mais, Dadon estimant sans doute sa mission accomplie et fidèle jusqu'au bout à son idéal de solitude, choisit le «désert» pour la seconde fois, et partit fonder l'ermitage de Grandvabre à quelques kilomètres en aval de Conques, dans la vallée du Dourdou. Auparavant, il avait confié la direction du monastère, qui ne tarda pas à adopter la règle de saint Benoît, à son premier disciple Medraldus.


Les faveurs des empereurs carolingiens

C'est l'époque où les souverains carolingiens, pour des motifs autant politiques que religieux, favorisent et comblent de bienfaits les monastères de leur empire. A vrai dire, sans ces faveurs royales, l'essor de l'abbaye conquoise aurait été entravé ou même irrémédiablement compromis par la pauvreté du lieu, bien incapable de faire vivre une population nombreuse de moines. Louis le Pieux, roi d'Aquitaine du vivant de son père Charlemagne, aurait à plusieurs reprises rendu visite au monastère de Medraldus, le plaçant sous sa sauvegarde et lui conférant le nom même de Conques. En 819, il ne fait pas moins de dix donations de terres en sa faveur. Vingt ans plus tard, Pépin II, roi d'Aquitaine, lui octroie Figeac, la «Nouvelle Conques», où vont s'installer de nombreux moines. A ces dons s'ajoutèrent l'or et l'argent, les tissus précieux, les fabuleuses intailles et les camées qui sont à l'origine du Trésor de Conques. Ces largesses royales ou impériales eurent ici de profondes résonances. Mais la mémoire collective ne retiendra que le nom de Charlemagne, le bienfaiteur par excellence, qui éclipsa tous les autres membres de sa famille. Et il aura tout naturellement sa place dans le cortège des élus sur le tympan du Jugement dernier.


L'arrivée des reliques de Sainte-Foy

Les faveurs d'un empereur, fût-il Charlemagne, n'étaient rien par rapport à celles, d'une toute autre dimension, qu'une sainte devait bientôt répandre à profusion sur le monastère, associant à jamais son nom à celui de Conques. Curieusement, le destin de Conques paraît avoir été scellé au temps de l'empereur romain Dioclétien lors de grandes persécutions. Loin d'ici, une jeune chrétienne de la cité d'Agen, refusant de sacrifier aux dieux du paganisme, endura le martyre. Convertie par l'évêque de la ville saint Caprais, Foy ( Fides en latin) était âgée de douze ans à peine. Or à une époque où le culte des reliques prenait de plus en plus d'ampleur, où la présence de corps saints entraînait pour l'abbaye qui les détenait un grand rayonnement spirituel, Conques se trouvait singulièrement démunie. C'est alors que ses moines, après plusieurs tentatives infructueuses, jetèrent leur dévolu sur les précieuses reliques de sainte Foy d'Agen, très vénérées en Aquitaine. Le rapt, appelé pudiquement «translation furtive», se situe en l'an 866.

L'arrivée de sainte Foy dans sa nouvelle patrie, où elle multipliait les miracles, équivaut pratiquement à une seconde fondation pour l'abbaye conquoise dont l'expansion se poursuivra désormais sans interruption pendant près de trois siècles. Grâce à la prospérité qu'elle engendra, elle permit l'éclosion, dès le Xème siècle, d'une première génération de réalisations artistiques, avec la célèbre
statue-reliquaire de sainte Foy et, pour l'abriter, une église à trois nefs précédées d'un clocher-porche.



Textes de Jean-Claude FAU
Editions du Beffroi - Conseil Général de l'Aveyron
Dessins originaux de Jean SEGALAT
Editions Dadon - Mairie de Conques