CONQUES : visite de l'abbatiale sainte Foy


L'abbatiale Sainte-Foy

Visite intérieure



Une nef élancée

Une fois franchi le narthex couvert d'une voûte basse un peu écrasante, le visiteur ressent d'emblée jusqu'au fond de lui-même cet élancement audacieux, ce véritable jaillissement du vaisseau central qu'accentue encore son étroitesse. Puis, en analysant cette architecture si propice à la prière, il découvre vite qu'elle s'exprime dans les formes les plus simples possible : le plein cintre pour les arcs, des verticales pour les supports, sans aucun ornement pour en atténuer la rigueur et la sévérité en dehors des chapiteaux.
A la croisée du transept, quatre forts piliers montent d'un seul jet jusqu'aux arcs qui soutiennent au-dessus du vide le tambour octogonal de la coupole. Au-delà, le sanctuaire proprement dit comprend une travée droite prolongeant en élévation la disposition de la nef, puis le fer à cheval du choeur coiffé d'une voûte en cul-de-four allongé.


Le choeur

Autour du sanctuaire, les magnifiques grilles romanes, faites d'enroulements de fer forgé et terminées à près de trois mètres de haut par des pointes acérées, assuraient la protection des reliquaires contre toutes les convoitises. Derrière elles, les pèlerins se trouvaient cantonnés dans le déambulatoire où ils disposaient de bancs de pierre pour se reposer des fatigues de la longue route. Il faut noter la division du déambulatoire en sept travées; ce chiffre symbolique déjà rencontré à propos des arcades du choeur et des chapelles orientales, semble donc caractériser les parties «tournantes» de l'abbatiale. Faut-il y voir une simple coïncidence?


Les tribunes

Les tribunes offrent des vues plongeantes d'un effet saisissant. Leur fonction est beaucoup plus architecturale qu'utilitaire puisqu'elles assurent, en fait, la stabilité de l'ensemble du monument. Au-dessus des collatéraux, leurs voûtes en quart de cercle viennent s'appliquer à la naissance même du grand berceau de la nef et des croisillons, de chaque côté, à l'endroit où les poussées sont les plus fortes. Elles l'épaulent sur toute sa longueur, jouant le même rôle que les arcs-boutants gothiques, mais de manière continue. Ce système cohérent, apparu presque simultanément à Conques, à Saint-Sernin de Toulouse et à Saint-Jacques de Compostelle, favorisa à la fois le développement de la nef en hauteur et l'évidement de ses murs latéraux. En effet, les tribunes sont largement ouvertes grâce à une série de baies groupées par paires et inscrites dans un arc de décharge.


Les chapiteaux

A Sainte-Foy de Conques, les structures internes multipliaient comme à plaisir le nombre des chapiteaux. Et ceux-ci offraient un champ immense à l'ornementation sur les faces des corbeilles ou des tailloirs, tout en jouant leur rôle architectonique de support, partout où règne l'arcade. L'abbatiale recèle intérieurement plus de deux cent cinquante chapiteaux qui se répartissent, en majorité, soit à la retombée des grandes arcades du déambulatoire, du transept et de la nef, soit aux tribunes. A l'extérieur, l'austérité a prévalu et les chapiteaux (une trentaine à peine) n'ont pu se loger que sous les voussures des portes et au chevet.
Les premières campagnes de travaux, sous les abbatiats d'Odolric et d'Étienne II dans le troisième quart du XIème siècle, nous ont livré le plus important ensemble connu de chapiteaux à entrelacs avec celui de Saint-Pierre de Rode, en Catalogne. Ils sont une trentaine, tous taillés dans le grés rose, à l'intérieur des absidioles du transept et autour du chevet, ainsi qu'au portail septentrional. L'entrelacs est un motif original, composé de rubans plats, le plus souvent à trois brins, qui se croisent ou bien se nouent en passant alternativement l'un au-dessus de l'autre à la manière d'un travail de vannerie, avant de s'épanouir en une palmette terminale. Les quatre chapiteaux à entrelacs et palmettes du portail du croisillon nord, par leur richesse, se classent parmi les plus belles réussites de la sculpture ornementale à l'époque romane.

Le sacrifice d'Isaac
Les premières expériences de représentation de la figure humaine, sur fond d'entrelacs encore, réalisées dans le déambulatoire, préparaient l'avènement du chapiteau historié, c'est-à-dire le complet épanouissement de la sculpture romane.
Ainsi, dans le croisillon sud, le «cycle de saint Pierre» occupe trois chapiteaux avec l'arrestation, la délivrance et la crucifixion, la tête en bas, du prince des apôtres. Sur la pile séparant les deux travées droites du choeur, au midi, le sacrifice d'Isaac est à l'emplacement habituellement réservé à cette préfiguration du sacrifice du Christ sur la croix, c'est-à-dire à proximité du maître-autel.
L'un des derniers chapiteaux en date, sur la quatrième pile nord de la nef, est consacré à la condamnation de sainte Foy, victime des persécutions de l'empereur Dioclétien. Six personnages s'alignant autour de la corbeille à intervalles réguliers, les pieds posés sur l'astragale. Sur le côté droit, un ange porteur d'une croix pose la main sur l'épaule de sainte Foy, devant lui, comme pour l'encourager dans l'épreuve. Un homme saisit la sainte par le bras et semble l'entraîner de vive force pour comparaître devant le proconsul romain, Dacien. A l'angle opposé, ce dernier est assis sur un trône et remet lui-même au bourreau la longue épée qui servira au supplice de la décapitation. Sur le côté gauche de la corbeille, le mauvais génie de Dacien fait le pendant de l'ange gardien : il est représenté sous les traits d'un diable hideux tenant à deux mains un serpent. Cette scène expressive, d'une facture très sûre, annonce déjà le tympan du Jugement dernier.
La condamnation de sainte Foy




Textes de Jean-Claude FAU
Editions du Beffroi - Conseil Général de l'Aveyron
Photographies d'André KUMURDJIAN